Les Géants de la Montagne

Mise en scène : Stéphane Braunschweig

Auteur : Luigi Pirandello

Théâtre : La Colline

Avec : John Arnold, Elsa Bouchain, Cécile Coustillac, Daria Deflorian, Claude Duparfait, Julien Geffroy, Laurent Lévy, Thierry Paret, Romain Pierre, Pierric Plathier, Dominique Reymond, Marie Schmitt, Jean‑Baptiste Verquin, Jean‑Philippe Vidal

Stéphane Braunschweig, après une mise en scène de « Six Personnages en quête d’auteur » en 2012, revient cette année en portant un nouveau texte de Pirandello, son dernier, qu’il n’a pas pu achevé avant sa mort.

Cette pièce relate l’histoire d’une compagnie théâtrale qui cherche, en vain, des lieux où pouvoir représenter leur « Fable de l’enfant échangé ». La troupe est menée par la Comtesse Isle, grande comédienne, qui tient coûte que coûte à représenter cette pièce car son auteur s’est suicidé par amour pour elle, alors qu’elle refusait de céder à ses ardeurs, étant mariée. La pièce s’ouvre sur le moment où cette compagnie arrive au pied des montagnes, dans la villa du magicien Cotrone, lieu de refuge aux « poissards », des marginaux inadaptés à la société d’alors.

En arrivant dans la villa, la compagnie est épuisée de ne plus pouvoir vivre correctement du fait de l’échec commercial de leur pièce. Cotrone leur propose alors de rester dans sa villa, sorte de lieu magique où règne l’imaginaire et le rêve. Bien que réticente aux premiers abords, Isle accepte de rester au moins pour la nuit. Celle-ci se révèle être une expérience très étrange pour la plupart des comédiens, qui voient surgir au milieu de la nuit les différents personnages de leurs fable.

Au petit matin, Cotrone propose à la troupe de représenter leurs fable devant les géants de la montagne. C’est l’épilogue : la compagnie représente alors une dernière fois la fable devant ces êtres colossaux faisant trembler la terre tout autour d’eux.

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Ces géants brutaux devant la représentation de l’oeuvre d’art qu’ils se sont offerte comme un luxueux cadeau, ne réussissent naturellement pas à distinguer les acteurs des personnages qu’ils représentent, ni à comprendre quoi que ce soit à la valeur spirituelle de l’oeuvre.

Luigi Pirandello

Côte mise en scène,  Braunschweig ne représente sur scène qu’un immense bloc, sorte de cube de verre orné de néons,  représentant la villa de Cotrone, capable de tourner sur lui même à l’acte 2 pour y exposer les scènes se déroulant à l’intérieur de la villa. L’entrée de la villa est symbolisée par un rideau noir fermé, qui peut évoquer une scène de théâtre qui ne commence jamais.

Le texte original de Pirandello s’arrête au moment où les Géants de la Montagne arrivent à la villa, Braunschweig choisit alors de continuer la pièce en montrant la représentation de la fable devant ces géants. Ce choix semble cohérent avec la vision de Pirandello, quoique quelque peu différente des retranscriptions sur son lit de mort de Pirandello devant son fils.

Pirandello désire montrer, par le biais de l’échec de cette troupe dans sa représentation de la fable, que la société moderne (et notamment l’Italie fasciste des années 30) délaisse de plus en plus l’art au profit de choses plus vaines et moins profondes telles que le sport et la quête de l’argent.

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J’ai beaucoup aimé cette pièce, qui est pour moi en premier lieu une ode au théâtre et à la culture. En effet, « Les Géants de la Montagne » mettent en abîme le théâtre lui même de plusieurs façons, que ce soit par le biais de la représentation d’une troupe de théâtre dans la pièce,  par la création de personnages dans la villa grâce aux pouvoirs de l’imaginaire ou encore via la fable et le discours de l’enfant échangé sur le fait de n’avoir besoin que de croire pour pouvoir être. Cette pièce cherche alors à expliquer ce qu’est le théâtre tout du long. Ce n’est pas la première pièce où Pirandello parle de théâtre, ces dernières années à la Colline, les mises en scène de « Six Personnages en quête d’auteur » et « Se trouver » ont bien souligné les réflexions de l’auteur vis-à-vis de l’art de la scène, des comédiens et de leurs obsessions.

Ces « Géants » de la Colline nous délivrent alors les derniers messages de l’auteur, et Braunschweig les retranscrit de manière très efficace, avec surtout une première partie nerveuse et intrigante qui arrive à tenir en haleine le spectateur. Seul bémol, la deuxième partie qui est, du fait de l’écriture en scénettes dans la villa, moins captivante.

Au théâtre, on est jamais très loin de la folie, tous les acteurs le savent, c’est la conscience de « jouer » qui en préserve, et c’est précisément cette conscience que Cotrone veut abolir : « Ce n’est plus un jeu, mais une réalité merveilleuse dans laquelle nous vivons, détachés de tout, jusqu’aux excès de la démence »

Stéphane Braunschweig

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