Un fils de notre temps

Mise en scène :  Jean Bellorini

Auteur : Ödön Von Horvath

Théâtre : Espace 1789 / Gérard Philippe

Avec : Clément Durand, Matthieu Tune, Gérôme Ferchaud, Antoine Raffalli et Mélodie-Amy Wallet, clavier

Cette mise en scène de Jean Bellorini revient en novembre au TGP après avoir terminé sa tournée dans toute la France, débutée au début de l’année.

Un fils de notre temps est un texte de Von Orbath retraçant la vie d’un jeune homme dans les années 30. Celui-ci s’engage dans l’armée faute de trouver un sens à sa vie et participe à l’invasion d’un petit pays. C’est l’un des trois seuls romans de Von Orbath, rédigé car il avait interdiction dans son pays d’écrire de nouveaux textes de théâtre.

Le texte est en fait le monologue de ce jeune garçon, contant les événements lui arrivant après avoir quitté le domicile familial.
Au départ, ce spectacle est né d’un stage entre Bellorini et quelques acteurs. Porté par le roman et ses échos, Bellorini décide en 2013 de monter un spectacle où le texte serait déclamé par quatre comédiens, tous talentueux, prenant tour à tour la parole et incarnant ce jeune homme pour un temps. Le spectateur suivra alors celui-ci dans son engagement dans l’armée, sa rencontre avec une jeune fille dans un manège (dont il tombera amoureux), ses opérations militaires, sa blessure au combat, sa rencontre avec la femme de son capitaine ou encore ses derniers moments avant de mourir.

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Côté scénographie et mise en scène, nous pouvons considérer ce nouveau spectacle comme un Bellorini minimaliste. Aussi bien du côté du nombre de comédiens que du décor, habillé d’un mur brut en fond de scène, de quelques piquets surmontés d’une simple ampoule et d’une scène délimité sur les côtés par des rangées de ventilateurs. Ces derniers servant à faire voleter des petits morceaux de plastiques, provoquant l’effet final su spectacle : de la neige sur scène ! Très joli.

La musique est également, comme à l’habitude du metteur en scène, toujours présente. Les quatre comédiens sont également musiciens et jouent régulièrement d’un instrument (trompette, clavier, guitare…) pendant le spectacle.

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Le directeur du TGP nous propose un spectacle plaisant mais moins impressionnant que ses mises en scènes habituelles. La mise en scène se veut avoir une résonnance dans l’actualité où des jeunes perdus, influencés par des organisations endoctrinant ses membres (comme celles issues de l’islamisme radical) sont capables de commettre des actes dénués de toute humanité (comme les attentats de Charlie Hebdo ou plus récemment de Paris).

La perte des repères et la perte de sens de l’action politique caractérisent notre époque et tout cela favorise aujourd’hui la montée d’une pensée fasciste. On constate un refus de rendre la pensée et la conscience moteurs de notre monde, qui au contraire éprouve une nécessité de simplification de tout , de réponses raccourcies.

Jean Bellorini

Nous resterons moyennement convaincus par ces échos car la pièce semble tout de même très ancrée dans l’époque d’alors et la thèse principale du texte n’est pas seulement l’enrôlement de certains individus dans des mouvements guerriers. La résumer à cela serait réducteur. Un fils de notre temps parle aussi d’amour, de besoin d’appartenance à un collectif, de sentiment de reconnaissance ou encore de liens envers des figures paternelles ou maternelles.

Un deuxième point un peu gênant dans la mise en scène est le peu d’interactions entre les comédiens. Ceux-ci se parlent tour à tour, ou en même temps, mais on n’assiste presque jamais à de véritables dialogues entre eux. Le spectacle se retrouve alors uniquement narratif, (les comédiens n’interprétant que leur propre rôle) et le jeu des situations quasi inexistant, ce qui rend la pièce au final, un peu longue.

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