L’Orestie

Mise en scène :  Roméo Castellucci

Auteur : D’après Eschyle

Théâtre : Théâtre de l’Odéon – 6ème

Avec : Loris Comandini, Giuseppe Farruggia, Marcus Fassl, Carla Giacchella, Antoine Marchand, NicoNote, Marika Pugliatti, Fabio Spadoni, Simone Toni, Georgios Tsiantoulas

Avec deux autres pièces à l’affiche cette année (Le Metope del Partenone et Odipus der Tyrann), Castellucci offre aux spectateurs de l’Odéon le plaisir de (re)voir l’une de ses toutes premières mises en scènes, sans modification, jouée il y a vingt ans sur cette même scène.

L’Orestie est une trilogie d’Eschyle composée de trois tragédies grecques : Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides. Ces trois pièces commencent immédiatement après la guerre de Troie, lorsqu’Agamemnon revient dans sa cité, Mycènes, victorieux dans la guerre avec pour captive Cassandre, la fille du roi Troyen Priam. Clytemnestre, la femme d’Agamemnon, qui s’était habitué à l’absence de son mari pendant la guerre, envoie alors son amant Egisthe assassiner Agamemnon pour garder le pouvoir.

Dans la seconde partie (Les Choéphores), Oreste, fils de Clytemnestre et d’Agamemnon revient d’exil chez les Mycènes et se laisse convaincre par sa soeur, Electre, d’assassiner Egisthe et Clytemnestre pour venger leur père. Oreste, bien que pris de doutes, exécute ces actions pensant qu’il s’agit de sa destinée. Enfin, dans les Euménides est représenté le jugement d’Oreste après ces deux assassinats. Apollon et Athéna débattent du sort d’Oreste et finalement Oreste est gracié (le vote des différentes parties ayant résulté d’une égalité, la voix d’Athéna l’emporte).

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Roméo Castellucci, dans ce spectacle, a effectué un énorme travail d’adaptation et n’a gardé que très peu du texte original. Cependant, l’histoire est là et le spectateur suit le parcours des différents protagonistes tel que retracé dans l’Orestie.

Pendant les deux premières parties, le spectateur observera la scène à travers un filet transparent, placé au devant de la scène. Cet élément scénographique est très efficace car il pose d’emblée une barrière entre le spectateur et ce qui se déroule sur scène. Le spectateur comprend alors immédiatement qu’il va observer derrière cette barière une histoire mythologique, comme sortie d’un rêve.

Pendant le premier tableau se trouve sur scène tout un tas d’objet éparpillés à tout endroit, des cordes sont également suspendues un peu partout dans un décor très sombre. C’est une représentation de Mycènes dévastée que nous offre alors Castellucci. La narration de l’histoire s’effectue alors par un homme avec un costume de lapin, prenant la place du choeur d’Eschyle. C’est donc ce personnage qui nous ouvrira la pièce en nous en présentant les contexte et les enjeux. Castellucci insère d’ailleurs dans ce discours des éléments issus du conte d’Alice aux pays des merveilles. L’intention du metteur en scène est alors claire, présenter au spectateur un autre monde dans lequel les personnages ne sont pas vraiment humains, pas vraiment mortels.

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Cette sensation se renforce plus on voit défiler les différents personnages de la pièce. En effet, Egisthe est représenté cagoulé avec une tenue de masochiste, Clytemnestre est obèse, nue, trainée sur un charriot et possède une voix caverneuse, enfin Agamemnon est interprété par un trisomique. Cet étrangeté dérange alors forcément le spectateur mais renforce cette idée de destinée, où tous les personnages sont contrôlés par des forces supérieures les menant vers une direction prédéterminée.

Au deuxième tableau, Electre et Oreste se retrouve devant le tombeau de leur père. Tout sur le plateau est blanc, jusqu’aux comédiens qui se retrouvent recouverts d’une peinture blanche sur tout le corps. Le seul acteur de la pièce au physique « classique », Oreste, entre alors en scène. Il est nue et se prépare alors à effectuer la mission confiée par sa soeur : tuer sa mère et son beau-père. Pour y arriver, il utilisera alors un bras robotisé, capable de donner mécaniquement un coup de poignard. La marche du destin est alors en route et Oreste exécutera sa mission sans réelle volonté de le faire.

De ce tableau, le spectateur retiendra alors une image forte, celle d’une carcasse de chèvre, élevé dans les airs, servant de sacrifice pour alimenter le bras robotisé et fournir la force nécessaire à Oreste. Cette image, choquante, hantera longtemps le spectateur après la fin du spectacle.

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Enfin, pendant la troisième partie, le filet se relevera et les acteurs joueront en avant scène devant une sphère centrale illuminée où se trouve enfermé Oreste et des singes, attendant le jugement des dieux. Là encore, les personnages auront des physiques particuliers, Apollon sera joué par un manchot et l’on ne distinguera que la tête d’Athena.

En conclusion, Castellucci offre alors aux spectateurs un spectacle perturbant, dans lequel celui-ci ne sera jamais à l’aise mais dépeint avec brio cette tragédie d’un autre monde, où le réel se confond avec le rêvé. L’intention de l’auteure originale est alors respectée même si le texte n’est pas du tout retranscrit dans le spectacle.

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